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3 min de lecture

Écrire ses règles d’or

Décider à froid, une fois, pour ne plus décider à chaud. Cinq phrases écrites valent mille arbitrages.

Une page de carnet portant cinq lignes écrites à la main

Chaque jour comporte une quantité surprenante de petits arbitrages. Répondre à ce message maintenant ou plus tard. Accepter cette réunion. Regarder un épisode de plus. Pris isolément, aucun n’a d’importance ; additionnés sur un an, ils forment à peu près toute la vie qu’on mène.

Une règle d’or est une décision prise une fois, à froid, pour ne plus avoir à la reprendre à chaud.

Pourquoi décider à l’avance

La capacité de décision se fatigue au fil de la journée, c’est un fait bien documenté. Plus important encore : on ne décide pas de la même façon selon son état. Une règle écrite un dimanche matin reposé et une décision prise un jeudi soir épuisé ne donnent pas le même résultat, même chez la même personne face à la même question.

La règle permet donc à la version reposée de décider pour la version fatiguée. C’est tout l’intérêt, et c’est la raison pour laquelle elle doit être formulée sans ambiguïté : une règle qu’on peut interpréter sera interprétée en sa faveur exactement au moment où il ne le faudrait pas.

Ce qui fait une bonne règle

Elle est courte. Une phrase, lisible en trois secondes. Un paragraphe n’est pas une règle, c’est une intention.

Elle est vérifiable. « Être plus présent avec mes enfants » ne se vérifie pas et laisse toute latitude ; « pas de téléphone à table » se vérifie instantanément. La bonne règle décrit un comportement observable, pas une qualité morale.

Elle est écrite au présent, comme un fait. « Je ne travaille pas après vingt et une heures » plutôt que « j’essaie de ne pas trop travailler le soir ». La différence de formulation paraît cosmétique ; elle ne l’est pas. Une règle qui contient « essayer » est déjà négociée.

Et il y en a peu. Cinq, pas vingt. Une liste de vingt règles n’est pas un code, c’est un règlement intérieur, et personne ne se souvient de son règlement intérieur.

Les relire, sinon rien

Une règle qu’on n’a pas relue depuis six mois n’existe plus. C’est le point où la plupart des gens décrochent : ils écrivent leurs règles dans un moment de lucidité, les rangent quelque part, et les redécouvrent un an plus tard avec un mélange d’attendrissement et de gêne.

Il faut donc un mécanisme de relecture, aussi léger soit-il. Une règle par semaine, relue et évaluée honnêtement, suffit : avec cinq règles, chacune revient une fois par mois environ. La question à se poser n’est pas « l’ai-je respectée » mais « est-ce toujours ma règle ». Une règle qu’on ne respecte plus depuis trois mois doit être soit réaffirmée, soit supprimée. La garder sans la suivre abîme la crédibilité de toutes les autres.

Ce que ça ne fait pas

Écrire des règles ne rend pas discipliné. Quelqu’un qui n’a pas envie de changer produira de très belles règles qu’il ne suivra pas, et le sentiment d’avoir agi en les écrivant peut même retarder le moment d’agir vraiment.

Et il existe une limite qu’il vaut mieux connaître : un code trop rigide finit par servir contre soi. Une règle de rigueur devient un prétexte pour refuser ce qui aurait été bon, et l’on se retrouve à défendre une cohérence qui ne sert plus personne. C’est pourquoi la relecture périodique compte autant que l’écriture. Les règles sont des outils, pas des serments.

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