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3 min de lecture

Tout noter au même endroit

Carnet, bullet journal, feuilles volantes, application : le support compte moins qu'on ne croit. Ce qui change tout, c'est qu'il n'y en ait qu'un, et qu'il soit toujours là.

Un carnet de poche et un crayon glissés dans la poche d'une veste de lin

Les listes simples, les tableaux, les matrices d’urgence, les applications à trois cents euros par an. À chaque fois, trois semaines d’euphorie, puis le même retour de la charge mentale.

Le point commun de tous ces essais : ils portent sur l’endroit où l’on range ses tâches. Le problème se situe presque toujours en amont.

Le geste qui décide du reste

Une pensée traverse l’esprit. Il faut rappeler le dentiste. On est dans le métro, en réunion, sous la douche. Trois choses peuvent alors se produire.

Ou bien on la note quelque part, et elle est sauvée. Ou bien on la garde en tête en se promettant de la noter plus tard, et elle occupera un coin de l’attention jusqu’à ce qu’on l’oublie. Ou bien elle s’efface tout de suite, et elle revient à trois heures du matin.

Ce moment dure deux secondes et détermine tout le reste. La façon dont on range ensuite vient loin derrière.

Noter sans décider

Le geste échoue dès qu’il exige une décision. S’il faut choisir un projet, une date, une priorité et une étiquette pour poser une pensée quelque part, on ne la pose pas. Pas par paresse : parce qu’on est dans le métro et qu’on n’a pas la tête à classer quoi que ce soit.

D’où la règle : deux gestes séparés. Noter met à l’abri, sans rien trancher. Trier tranche, et cela se fait plus tard, assis, au calme. Une note qui demande de réfléchir est déjà du rangement.

Sur quoi, alors

Un carnet de poche fait très bien l’affaire. Le bullet journal aussi, et ses adeptes tiennent parfois des années. Des feuilles volantes fonctionnent, à condition qu’elles finissent toutes dans la même boîte. Une application fait la même chose. Aucun de ces supports n’est mauvais en soi.

Trois conditions les départagent. Deux secondes maximum : ouvrir, écrire, fermer, aucun champ obligatoire. Toujours là, dans la poche comme sur le bureau. Et un seul endroit, parce que trois demi-systèmes valent moins qu’un seul : dès qu’il faut se demander où l’on avait mis quelque chose, la charge mentale revient intacte.

Le carnet perd sur la première condition les jours où l’on écrit debout dans un couloir, et sur la deuxième quand il reste sur la table de nuit. Les feuilles volantes butent presque toujours sur la troisième. C’est l’avantage d’un outil numérique : la note prise dans le métro attend le soir sur l’écran, sans recopie. Rien de plus, et ce n’est pas rien.

Le tri, et sa fréquence

Ce sas se vide au rythme qui convient, mais il doit se vider. Une fois par jour est confortable, une fois par semaine reste tenable. Au-delà, la liste devient un cimetière et l’on cesse d’y déposer, parce qu’on sait que rien n’en ressort.

Au tri, chaque élément suit un chemin court : il devient une tâche avec une date, il rejoint un projet, il part dans une liste d’envies, ou il disparaît. Ce dernier cas est le plus fréquent, et le plus sain. Beaucoup de ce qu’on note n’a de valeur que sur le moment.

Ce que ça ne règle pas

Noter ne fait pas avancer. C’est même le piège classique : un sas bien tenu procure une satisfaction réelle qui peut tenir lieu de travail, et l’on se retrouve à ranger admirablement des choses qu’on ne fera jamais.

Ce qu’on y gagne est plus modeste : cesser de porter ce qu’on n’a pas encore fait. Une tête libre est simplement une tête qui sait que rien n’est perdu. Cette tranquillité tient au geste, pas à l’outil qui le reçoit.

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