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3 min de lecture

Ce qui manque aux objectifs SMART

Les cinq lettres rendent un objectif clair et vérifiable. Trois choses restent dehors, et ce sont elles qui font tenir jusqu'au bout.

Une fiche bristol portant une seule phrase soulignée, sur un bureau de bois clair

Spécifique, mesurable, atteignable, réaliste, temporellement défini. La formule est connue, largement appliquée, et il n’empêche que des objectifs parfaitement SMART sont abandonnés tous les jours.

Ce n’est pas que la méthode soit mauvaise. C’est qu’elle traite un seul problème, celui de la formulation, et qu’elle laisse les autres entiers.

Ce qu’elle règle vraiment

« Être en forme » devient « courir trente minutes trois fois par semaine d’ici le 31 mars ». Le gain est réel : la phrase est vérifiable, on saura si on y est ou non, et cette clarté évite déjà la moitié des dérives.

Mais un objectif clair qu’on ne regarde jamais reste un objectif mort. La clarté est nécessaire ; elle n’est pas suffisante, et c’est de cette confusion que vient la déception.

Les trois pièces manquantes

La première est le pourquoi, écrit. Un objectif SMART dit quoi faire, jamais pourquoi on s’infligerait cela un mardi soir de février. Il faut donc formuler en une phrase ce qu’on obtient réellement si on y arrive, et cette phrase ne doit pas contenir la métrique mais sa conséquence. « Courir trois fois par semaine » n’a jamais motivé personne. « Monter quatre étages sans souffler en visitant un appartement », si. Cette phrase existe pour être relue, c’est même sa seule raison d’être.

La deuxième est la prochaine action. Un objectif à trois mois ne se fait pas ; ce sont ses actions qui se font, et il suffit d’en connaître une seule à la fois, assez petite pour tenir dans la journée. C’est la différence entre un objectif qui pèse et un objectif qui avance. Sans prochaine action visible, l’objectif devient une dette morale ; avec elle, il devient une tâche ordinaire, et les tâches ordinaires, on les fait.

La troisième est le rendez-vous. Aucune des cinq lettres ne prévoit le moment où l’on regarde son objectif, ce qui est pourtant le seul mécanisme connu contre l’oubli. Vingt minutes par semaine suffisent : on relit, on constate, on choisit les actions des sept jours suivants. Sans ce rendez-vous, l’objectif dépend de la mémoire, et la mémoire dépend de l’humeur.

Le piège du mot « atteignable »

Un mot mérite qu’on s’y arrête. « Atteignable » pousse à viser petit, et viser petit tue l’envie aussi sûrement que viser trop grand. La bonne mesure n’est pas ce qui est confortable, mais ce dont on serait fier dans quatre-vingt-dix jours tout en restant physiquement possible. Un objectif qui n’inquiète pas un peu ne fera lever personne.

Ce qui reste ouvert

Cette liste ne garantit rien, et les méthodes qui garantissent quelque chose sont suspectes. Un objectif bien construit qu’on a choisi pour de mauvaises raisons, parce qu’il a l’air respectable ou parce que quelqu’un l’attend de nous, sera abandonné exactement comme les autres. Aucune structure ne compense une envie qui n’existe pas.

Il manque d’ailleurs un cinquième élément dont on parle peu : la porte de sortie. Que faire si l’objectif prend trois semaines de retard ? Décidé à l’avance, c’est une décision ; décidé jamais, c’est un abandon silencieux. Réduire la cible, déplacer la date ou le tuer proprement sont trois issues honorables. Le silence, non.

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